Pau Gasol : la légende catalane qui a conquis la NBA
2,13 mètres, 113 kilos, un toucher de balle de meneur. Pau Gasol n’a jamais ressemblé à personne. Le Barcelonais a quitté sa ville natale en 2001 pour devenir, vingt ans plus tard, le premier Espagnol intronisé au Hall of Fame. Deux bagues NBA, un titre mondial avec la Roja, et un numéro 16 accroché aux poutres du Crypto.com Arena. Retour sur la carrière d’un intérieur qui a redéfini le poste durant ce début de XXIe siècle.
du Camp Nou au Staples Center
Les débuts au FC Barcelone (1998-2001)
Pau Gasol démarre sa carrière pro à Barcelone en 1998-99. Longiligne, techniquement abouti, il crève l’écran dès la saison 2000-2001. Il remporte la Liga ACB et la Copa del Rey. Double récompense : il est élu MVP des deux compétitions. Sous les yeux de plus de 40 scouts NBA, il affole les radars.
Draft 2001 : la porte de la NBA s’ouvre
Le 27 juin 2001, les Atlanta Hawks le sélectionnent en 3ᵉ position. Il est immédiatement transféré aux Memphis Grizzlies. Pick le plus haut jamais utilisé sur un joueur européen à l’époque. Un symbole.
Memphis Grizzlies (2001-2008) : la révélation
Gasol n’attend pas pour marquer son territoire. Il devient le premier joueur non-américain de l’histoire à être élu NBA Rookie of the Year en 2002. Il emmène des Grizzlies historiquement moyens en playoffs trois années consécutives (2004, 2005, 2006). Premier All-Star Game en 2006, une première pour un joueur espagnol. Sa meilleure saison sous le maillot des Grizzlies ? 2006-2007, avec 20,8 points et 9,8 rebonds de moyenne. Il quitte Memphis en février 2008 comme meilleur marqueur, meilleur rebondeur et meilleur contreur de l’histoire de la franchise.
Los Angeles Lakers (2008-2014) : les deux bagues
Le 1ᵉʳ février 2008, Memphis l’envoie à LA contre Kwame Brown, Javaris Crittenton et les droits de draft de son petit frère Marc. Un deal qui passera à l’histoire comme l’un des plus déséquilibrés de la NBA moderne. Résultat immédiat : trois finales NBA consécutives (2008, 2009, 2010).
En 2009, il devient le premier Espagnol champion NBA. Moyennes en Finales face au Magic d’Orlando : 18,6 points, 9,2 rebonds. Sa défense sur Dwight Howard est un des facteurs clés de la série. Rebelote en 2010 face aux Celtics de Boston. Back-to-back. Aux côtés de Kobe Bryant, Gasol forme l’un des duos intérieur-extérieur les plus redoutés de l’histoire récente. Les deux hommes se parlent en espagnol sur le terrain pour embrouiller la défense adverse.
La légende de Kobe est intrinsèquement liée à ses deux duos avec le Shaq puis avec Pau Gasol.
Chicago Bulls (2014-2016) : le retour en forme
Débarqué à Chicago à 34 ans, beaucoup le voient déclinant. Réponse sur le parquet : 18,5 points et 11,8 rebonds en 2014-2015. Deux sélections All-Star supplémentaires (2015, 2016). Il plante même 46 points contre les Bucks le 22 janvier 2015 – son record en Lakers & Bulls combinés sur la période post-LA.
San Antonio Spurs & Milwaukee Bucks (2016-2019) : le dernier tour
Gasol rejoint San Antonio en 2016 comme mentor dans le vestiaire de Gregg Popovich. À 37 ans et 170 jours, il signe son 10ᵉ triple-double en carrière face aux Kings (14 pts, 11 rbds, 10 pds). Il termine chez les Bucks en 2019 avant que les blessures ne prennent le dessus. Il tente un retour en 2021 au FC Barcelone, dispute ses 5ᵉˢ JO avec la Roja, puis raccroche le 5 octobre 2021, au Théâtre du Liceu de Barcelone.
Style de jeu : le pivot-meneur qui a changé le poste 5
Gasol, c’était la polyvalence incarnée à 2,13 m. Un pivot européen au QI basket au-dessus de la moyenne. Il pouvait poster bas, shooter à mi-distance, passer comme un arrière, driver plein axe.
Son arme fatale : le jump-hook à mi-distance, exécuté indifféremment des deux mains. Son pourcentage aux tirs en carrière (50,7 %) en dit long sur sa sélection de shoots. Au poste bas, il lisait la défense avant même de recevoir le ballon. Ses 3,2 passes décisives de moyenne en carrière sont une anomalie pour un intérieur de cette taille.
Défensivement, il n’était pas un athlète explosif. Mais son anticipation et son timing compensaient largement. 1,6 contre de moyenne sur l’ensemble de sa carrière. 877 contres avec Memphis (record de la franchise).
Son jeu a inspiré toute une génération de grands européens : Marc Gasol, Domantas Sabonis, Nikola Jokić. Le Serbe a d’ailleurs souvent cité Pau comme référence dans sa formation basketball.
Pourquoi Pau Gasol a marqué la NBA
Pau Gasol a fait tomber un mur. Avant lui, aucun joueur né et formé en Europe n’avait dominé la NBA à ce niveau. Rookie de l’année en 2002, double champion NBA en 2009 et 2010 : il a prouvé qu’un intérieur européen pouvait être la deuxième option d’un projet titre.
Son impact dépasse les lignes de stats. Le trade Gasol-Lakers est souvent cité comme l’acte fondateur du « superteam » moderne. Kobe Bryant a toujours répété que sans Pau, il n’aurait pas eu ses deux dernières bagues. Il le classait parmi les trois meilleurs coéquipiers de sa carrière.
Gasol a aussi ouvert la voie aux frères NBA : avec Marc, champion 2019 avec les Raptors, ils sont les premiers frères champions NBA de l’histoire.
Son intronisation au Hall of Fame en 2023 scelle le tout. Les Lakers ont retiré son maillot n°16 le 7 mars 2023, le 13ᵉ de l’histoire de la franchise, l’une des plus belles si ce n’est la plus belle franchise de la ligue. Gasol est une légende du basketball international et est le meilleur joueur de basket espagnol de l’histoire.
Un souvenir plus personnel et douloureux
17 septembre 2015. Demi-finale de l’EuroBasket. Le Stade Pierre-Mauroy de Lille bouillonne avec près de 27 000 supporters français. Face aux Bleus de Tony Parker, Pau Gasol signe l’une des performances individuelles les plus terrifiantes de l’histoire du basket international. 40 points. 11 rebonds. 3 contres. À 35 ans, l’intérieur catalan inscrit la moitié des points de son équipe et porte l’Espagne vers la victoire en prolongation (80-75). Il détruit la raquette tricolore et pousse Rudy Gobert à la faute. Un récital total. Il a éteint nos espoirs, malgré une super équipe des bleus, Gasol, le champion, était trop fort.
Statistiques et palmarès
Stats carrière NBA (régulière) :
– Matches joués : 1 226
– Points : 17,0 / match
– Rebonds : 9,2 / match
– Passes décisives : 3,2 / match
– Contres : 1,6 / match
– % aux tirs : 50,7 %
– % à 3 points : 36,8 %
– Win Shares : 144,1
– PER carrière : 21,4
– Triple-doubles : 10 (dont 7 en saison régulière)
– Double-doubles : 371
Records et faits marquants :
– Record en carrière : 46 points (Bulls vs Bucks, 22 janvier 2015)
– Record avec Memphis : 44 points vs Seattle (mars 2006)
– Record en playoffs : 36 points vs Denver (2008)
– Record rebonds : 22 (à deux reprises, en 2009 et 2010)
Palmarès NBA :
– 2× Champion NBA : 2009, 2010 (Lakers)
– NBA Rookie of the Year : 2002 (1ᵉʳ joueur non-américain)
– 6× NBA All-Star : 2006, 2009, 2010, 2011, 2015, 2016
– 4× All-NBA Team : 2ᵉ équipe (2011, 2015) ; 3ᵉ équipe (2009, 2010)
– J. Walter Kennedy Citizenship Award : 2012
– Maillot n°16 retiré par les Lakers (mars 2023)
– Hall of Fame (Naismith Memorial Basketball Hall of Fame) : 2023
Palmarès international avec l’Espagne :
– Champion du monde : 2006 (élu MVP du tournoi)
– Médaille d’argent olympique : Pékin 2008, Londres 2012
– Médaille de bronze olympique : Rio 2016
– Champion d’Europe : 2009 (MVP), 2011, 2015
– Meilleur marqueur de l’histoire de la sélection espagnole
– 3ᵉ meilleur marqueur de l’histoire des JO (3 331 points)
– 4× Joueur européen de l’année (La Gazzetta dello Sport) : 2008, 2009, 2010, 2015
Palmarès en club (hors NBA) :
– Liga ACB : 1999, 2001 (FC Barcelone)
– Copa del Rey : 2001 (FC Barcelone, MVP)
– MVP de la Finale Liga ACB : 2001
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