Alain Gilles : Le Monsieur Basket
Avant Tony Parker, avant Victor Wembanyama, il y avait le mythe. Le pionnier originel. Alain Gilles n’est pas juste un joueur, c’est le visage du basket français du XXe siècle. « Monsieur Basket » pour les intimes. Un meneur de jeu en avance sur son temps, qui a transformĂ© l’ASVEL en une dynastie intouchable. Retour sur la carrière de celui qui a fait passer la balle orange dans une autre dimension en France.
Une carrière dédiée à la gagne
L’Ă©closion Ă Roanne et le grand saut
L’histoire commence dans la Loire. Alain Gilles est un gamin de Roanne. Il fait ses gammes Ă la Chorale (le club de basket hein). Dès 1962, Ă seulement 17 ans, il crève l’Ă©cran avec les pros. Son talent offensif est une anomalie pour l’Ă©poque. Il score, il court, il affole les compteurs. Très vite, l’Europe le repère. Le grand Real Madrid toque Ă la porte. Mais Ă l’Ă©poque, on ne quitte pas facilement le pays. C’est finalement RaphaĂ«l de Barros, prĂ©sident visionnaire de l’ASVEL, qui rafle la mise en 1965. Le transfert fait du bruit. Alain Gilles pose ses valises Ă Villeurbanne. Et il ne les refera plus pendant vingt-et-un ans.
L’âge d’or et la dictature de l’ASVEL
Dès sa première saison dans le RhĂ´ne, l’impact est monstrueux. L’ASVEL remporte le titre de champion de France en 1966. C’est le dĂ©but d’une ère de domination sans partage. Sous l’impulsion de son meneur star, Villeurbanne devient une forteresse. Le basket des annĂ©es 60 et 70 est physique, rude. Alain Gilles y apporte de la vitesse et de la grâce. Il empile les titres avec une rĂ©gularitĂ© glaçante : 1968, 1969, 1971, 1972, 1975… L’ASVEL rafle tout. Le public de la Maison des Sports est en transe. Avec ses cheveux mi-longs et son aura de rockstar, Gilles devient l’icĂ´ne de toute une gĂ©nĂ©ration.
Le patron de l’Équipe de France
Son hĂ©gĂ©monie ne se limite pas aux parquets de l’Hexagone. Sous le maillot bleu, Alain Gilles est le taulier absolu. Il honore sa première sĂ©lection Ă 17 ans contre la Belgique. Il en portera 159 autres. Pendant quinze ans, il est le phare d’une Ă©quipe de France souvent en difficultĂ© face aux mastodontes de l’Est (URSS, Yougoslavie). Il termine sa carrière internationale avec 2 282 points marquĂ©s. En club, il devient injouable : en 1971, il tourne mĂŞme Ă 25,5 points de moyenne en championnat de France. Une machine Ă scorer face aux meilleures dĂ©fenses d’Europe.
La fidélité verte et la transition sur le banc
La suite est une leçon de longĂ©vitĂ©. Contrairement au basket moderne oĂą les joueurs bougent tous les Ă©tĂ©s, Alain Gilles reste fidèle Ă ses couleurs. Il gagne son dernier titre de champion de France en 1981, Ă 36 ans. En 1986, après 21 saisons consĂ©cutives sur le parquet villeurbannais, l’usure finit par avoir le dernier mot. Il range les baskets, mais ne reste pas très loin du terrain. Il devient l’entraĂ®neur de cette mĂŞme Ă©quipe de l’ASVEL, qu’il emmènera jusqu’en demi-finale de Coupe d’Europe en 1987. Il prouve que son QI basket ne se limitait pas Ă ses qualitĂ©s athlĂ©tiques. Il Ă©tait un maĂ®tre du jeu.
Style de jeu : Le premier « combo guard » français
Sur le terrain, Alain Gilles Ă©tait une anomalie temporelle. Un meneur moderne coincĂ© dans les annĂ©es 60. Ă€ une Ă©poque oĂą le basket europĂ©en Ă©tait souvent stĂ©rĂ©otypĂ© et lent, lui jouait sur courant alternatif. C’Ă©tait un crĂ©ateur offensif pur.
Son arme fatale ? La vitesse. Il remontait la balle plus vite que tout le monde. Il excellait dans le tir en course et le tir Ă mi-distance. Il n’y avait pas de ligne Ă 3 points durant la quasi-totalitĂ© de sa carrière (elle n’est introduite en Europe qu’en 1984) ce qui aurait pu augmenter son nombre de points en carrière. Alain Gilles n’Ă©tait pas le plus grand (1m88), ni le plus costaud. Mais son premier pas foudroyant laissait les dĂ©fenseurs sur place. C’Ă©tait aussi un passeur gĂ©nial. Il attirait les prises Ă deux pour libĂ©rer ses intĂ©rieurs. Capable de planter 30 points si l’Ă©quipe en avait besoin, ou de distribuer le jeu avec une vision chirurgicale.
Pourquoi a-t-il marquĂ© l’histoire du basket français ?
Si vous cherchez le nom du « Meilleur basketteur français du XXe siècle », c’est lui. Ce n’est pas une opinion, c’est un vote officiel de la FĂ©dĂ©ration Française de Basket-Ball. Alain Gilles est une lĂ©gende parce qu’il a sorti le basket français de son anonymat.
Il a Ă©tĂ© la première superstar de notre sport. Celui qui remplissait les salles Ă lui tout seul sur tous les parquets de France. Avant lui, le championnat Ă©tait rĂ©gional, presque confidentiel. Avec lui, il est devenu un spectacle. Sa fidĂ©litĂ© absolue Ă l’ASVEL a cimentĂ© son mythe. Huit titres de champion de France : personne n’a dominĂ© le basket tricolore avec autant d’emprise sur une si longue pĂ©riode. Il incarne l’âge d’or du basket rhodanien. Plus tard, Tony Parker rachètera l’ASVEL en grande partie pour faire revivre cette Ă©poque de gloire, celle des annĂ©es « Gillou ».
Quand il s’Ă©teint en 2014, c’est tout le basket europĂ©en qui pleure. Il n’Ă©tait pas seulement un immense joueur, il Ă©tait l’Ă©lĂ©gance Ă la française. Un gĂ©nie pur, un gagneur, et pour toujours, « Monsieur Basket ».
Les chiffres de la légende
– 8x Champion de France (1966, 1968, 1969, 1971, 1972, 1975, 1977, 1981)
– 2x Vainqueur de la Coupe de France (1967, 1984)
– 8x Élu meilleur joueur du championnat de France
– 160 sĂ©lections en Équipe de France
– 2 282 points marquĂ©s avec les Bleus
– Élu meilleur joueur français du XXe siècle
Meilleur marqueur de l’histoire de l’ASVEL (plus de 6 100 points)
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