Michael Young, « le bras de Dieu » qui a offert l’Europe au CSP Limoges
Il y a des renforts américains qui passent une saison, encaissent un chèque et repartent sans laisser de trace. Michael Young, lui, a écrit une page entière de l’histoire du basket français. Arrivé à Limoges après avoir frôlé la gloire universitaire à Houston, cet ailier gaucher au shoot soyeux est devenu le bras armé du plus grand exploit jamais réalisé par un club tricolore. Champion d’Europe 1993, scoreur d’élite, chouchou du Beaublanc : voici pourquoi un gamin du Texas est une légende à Limoges.
La carrière de Michael Young, de Houston au toit de l’Europe
Houston et le « Phi Slama Jama » : la gloire universitaire sans la couronne
Michael Young naît le 2 janvier 1961 à Houston, au Texas. C’est dans sa ville qu’il devient un nom du basket universitaire, sous le maillot des Houston Cougars (1980-1984).
Et pas n’importe quelle équipe. Young fait partie du mythique « Phi Slama Jama », la fraternité du dunk qui aligne deux futurs membres du Hall of Fame NBA : Hakeem Olajuwon et Clyde Drexler. Une machine à spectacle, redoutée dans toute la NCAA.
Le destin, lui, est cruel. Houston atteint trois Final Four de suite, mais ne décroche jamais le titre. En 1983, la finale est perdue 54-52 contre NC State sur un dunk à la dernière seconde de Lorenzo Charles. En 1984, c’est Georgetown et Patrick Ewing qui barrent la route. Si près du sommet, jamais dessus. Une frustration que Young finira par soigner ailleurs.
Le passage par la NBA et l’Europe : des années d’errance
Drafté en 1984 au 24e rang par les Boston Celtics, Young ne s’impose jamais durablement en NBA. Les sources évoquent de courts passages (Phoenix, Philadelphie, les Clippers en 1989-90) et un détour par la CBA, où il décroche un titre de MVP. Le talent est là, la place en NBA, non.
L’Europe devient alors son terrain. Il passe par l’Espagne et surtout par l’Italie, du côté de la Viola Reggio di Calabria. C’est là qu’un club français vient le chercher. Le bon, au bon moment.
Limoges : le scoreur en chef d’une dynastie européenne
En 1992, Michael Young rejoint le CSP Limoges, alors place forte du basket continental, dirigé par le maître yougoslave Bozidar Maljkovic. Aux côtés des Frenchies Jim Bilba et Richard Dacoury, il devient immédiatement l’arme offensive numéro un.
Le constat est sans appel : Young est le meilleur marqueur de Limoges et l’un des tout meilleurs du championnat de France, avec une saison référence à 20,7 points de moyenne (3e marqueur du championnat) et une adresse à trois points autour de 44 %. Un gaucher au shoot pur, capable de scorer de partout, avec une confiance qui ne tremble jamais.
Le sommet arrive vite. Très vite.
Limoges 1993 : champion d’Europe, l’exploit du siècle
Le 15 avril 1993, en finale de la Coupe des clubs champions (l’ancêtre de l’EuroLigue), le CSP Limoges renverse le Benetton Trévise sur le score de 59-55.
Young est décisif : 18 points et 7 rebonds en 35 minutes. Quelques jours plus tôt, en demi-finale, il avait déjà planté 20 points face au Real Madrid. C’est le premier – et toujours unique – sacre européen majeur d’un club français. Un exploit régulièrement cité comme l’un des plus grands de l’histoire du sport tricolore.
Dans la foulée, Limoges enchaîne sur le titre de champion de France 1993. Young est élu MVP étranger du championnat. La saison parfaite.
Une domination prolongée puis la fin brutale
Le CSP ne s’arrête pas là. Young remet ça en 1994 : deuxième titre de champion de France et deuxième trophée de MVP étranger consécutif. Sur la scène continentale, il atteint des sommets de scoring, avec une saison à plus de 23 points de moyenne en Euroligue (1994), l’un des tout meilleurs marqueurs du continent.
La machine se grippe sur une blessure. Une atteinte aux ligaments du genou met un coup d’arrêt à sa carrière au milieu des années 90. L’aventure limougeaude s’achève, mais la marque, elle, est indélébile.
L’après-carrière : retour aux sources texanes
Une fois les parquets quittés, Young revient à la maison. Il s’implique auprès de son université, l’University of Houston, où son maillot a été retiré (décembre 2007) – hommage à l’un des plus grands Cougars de l’histoire. Plus tard, on le retrouve sur les bancs côté Texas. Il est aussi le père de Joseph Young, passé par les Oregon Ducks et la NBA. La balle ne tombe jamais loin du panier.
Le style de jeu de Michael Young : un pur scoreur gaucher
Posons-le franchement : Young était un marqueur, un vrai. Pas un role player discret, pas un défenseur de l’ombre. Un homme dont le job était de mettre la balle dans le cercle, et qui le faisait mieux que presque tout le monde en France.
Sa signature ? Un shoot gaucher d’une pureté rare, fiable de loin comme à mi-distance. Une adresse longue distance autour de 44 % qui en faisait un cauchemar à défendre. Le surnom de « bras de Dieu » n’a rien d’usurpé.
Mais le réduire au tir serait injuste. Young savait aussi rebondir – autour de 5,9 prises par match, meilleur rebondeur de Limoges – et gratter des ballons, avec une activité défensive (près de 1,8 interception par match) qui complétait le tableau. Un ailier complet, pas une simple gâchette.
Le mot juste pour le décrire ? Un scoreur d’élite à la confiance inébranlable. Le genre de joueur qui veut le ballon dans le money time. Limoges en a eu besoin. Limoges l’a eu.
Pourquoi Michael Young a marqué le basket français
Parce qu’il est au cœur du plus grand exploit jamais signé par un club français. Le sacre européen de Limoges en 1993 reste, à ce jour, le seul titre continental majeur remporté par un club tricolore. Young en était le premier scoreur, décisif en finale. Rien que pour ça, son nom est gravé.
Parce qu’il a redéfini ce qu’un Américain pouvait être en France. Pas un mercenaire de passage, mais un leader qui s’installe, qui porte une équipe sur la durée, qui gagne. Trois saisons pleines, deux titres nationaux, deux trophées de MVP étranger : Young a posé un standard.
Et parce qu’il symbolise l’âge d’or limougeaud. Aux côtés de Bilba et Dacoury, il a fait du Beaublanc une chaudière respectée dans toute l’Europe. Le basket français a longtemps vécu dans l’ombre de l’Italie, de l’Espagne, de la Yougoslavie. Pendant un printemps 1993, grâce à des hommes comme Young, il a régné. C’est ce genre de moment qui fait basculer un sport dans une autre dimension.
Statistiques, distinctions et palmarès de Michael Young
Les stats individuelles homogènes d’un joueur des années 90 restent délicates à compiler de façon parfaitement fiable. On privilégie ici le palmarès vérifiable et les repères datés, en signalant les chiffres à confirmer côté archives.
Repères de carrière
– Naissance : 2 janvier 1961, Houston (Texas)
– Poste / taille : Ailier, environ 2,00 m
– Université : Houston Cougars (1980-1984), « Phi Slama Jama »
– Draft NBA : 1984, 24e choix, Boston Celtics
– Arrivée à Limoges : 1992
– Fin de carrière : milieu des années 90 (blessure aux ligaments du genou)
Stats marquantes
– Points par match : 20,7 = 3e marqueur du championnat de France (saison référence)
– Adresse à 3 points : ~44% = saison référence à Limoges
– Rebonds par match : 5,9 = meilleur rebondeur de Limoges
– Interceptions par match : ~1,8 = parmi les meilleurs du championnat
– Scoring Euroligue : ~23 pts/match (1994) = parmi les meilleurs marqueurs du continent
– Finale EuroLeague 1993 : 18 pts, 7 rbds (35 min) = victoire 59-55 vs Benetton Trévise
– Demi-finale EuroLeague 1993 : 20 pts = vs Real Madrid
Palmarès club et distinctions
– Coupe des clubs champions (EuroLigue) : Champion d’Europe avec Limoges CSP = 1993
– Championnat de France : Champion avec Limoges CSP = 1993 et 1994
– MVP étranger du championnat de France : Élu avec Limoges CSP = 1993 et 1994
– Coupe de France (Robert Busnel) : Vainqueur avec Limoges CSP = années 90 (à dater précisément)
– Maillot retiré : nº42 avec University of Houston = 2007
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