Le top 10 all-time des plus grands moments de l’histoire de la NCAA

La March Madness a bâti sa réputation sur le principe que « tout est possible ». Chaque printemps, des outsiders deviennent des vainqueurs, des équipes d’élite s’effondrent et un seul tir peut transformer un joueur universitaire en légende. Mais si chaque tournoi NCAA offre des scénarios inoubliables, seule une poignée de moments sont véritablement devenus immortels.

Aujourd’hui, nous classons les 10 plus grands moments de l’histoire de la NCAA selon deux critères principaux, par ordre d’importance : le caractère décisif de l’action (ou l’enjeu du match) et la difficulté technique du tir ou de l’action elle-même. Les moments survenus lors de la finale nationale ont naturellement plus de poids que les exploits réalisés au premier tour.

10) L’éclosion de Michael Jordan (Finale nationale 1982)

Avant les 6 titres NBA, avant les trophées de MVP, avant de devenir le visage même de la NBA… Il y a eu ce tir ! La finale NCAA 1982 oppose alors 2 des plus grandes puissances du basket universitaire : North Carolina et le tenant du titre, Georgetown. Emmenés par leur pivot Patrick Ewing, les Hoyas mènent d’un petit point à moins de 20 secondes de la fin. Chaque possession devient cruciale. Dean Smith établit de fait un système non pas autour James Worthy – futur 1er pick de Draft – mais bien autour de cette jeune pépite au nom de Michael Jordan.

À quinze secondes du terme, Jordan reçoit une passe près de la tête de raquette. Il l’élève à l’intérieur de la ligne à trois points et plante le tir le plus important de sa carrière à ce stade. North Carolina prend l’avantage et quelques instants plus tard, une perte de balle tardive de Georgetown scelle le titre national des Tar Heels.

Comparé à certains tirs figurant plus loin dans ce classement, le tir en suspension de Jordan n’est pas particulièrement difficile. C’est un tir à mi-distance ouvert, rendu possible par une excellente circulation de balle. Pourtant, la pression entourant ce moment était toutefois immense. Avec le recul, ce tir marque le 1er moment emblématique de celui qui allait devenir le plus grand vainqueur de ce sport. Même si personne ne peut le savoir à l’époque, cet épisode marque la naissance de la légende Michael Jordan.

9) L’exploit d’UMBC face à Virginia (2018)

Chaque mois de mars, des millions de fans remplissent leurs tableaux de pronostics en espérant voir le chaos s’installer. Chaque mois de mars, ils partent aussi du principe qu’une chose n’arrivera jamais : une tête de série n°16 bat une tête de série n°1. Depuis que le tournoi est passé à 64 équipes en 1985, les têtes de série n°1 affichaient un bilan parfait de 135 victoires pour 0 défaite face aux têtes de série n°16.

Puis vint la soirée du 16 mars 2018.

Virginia aborde le tournoi en tant que tête de série numéro 1 du classement général, après avoir remporté le titre de l’ACC et s’être imposée comme la meilleure équipe défensive du pays. Les Cavaliers de Tony Bennett semblent ainsi promis à un beau parcours dans le tournoi, malgré la blessure de leur arrière vedette De’Andre Hunter juste avant le début de la March Madness. Sur leur chemin se dresse cependant l’université du Maryland – comté de Baltimore (UMBC) – un programme qui ne participait au tournoi NCAA que pour la 2e fois de son histoire.

Le match débute et rapidement les favoris passent devant. Virginia mène logiquement de 4 points à la pause, et tout le monde s’attend à voir les Cavaliers creuser l’écart. Mais au lieu de cela, UMBC explose tout au retour des vestiaires. Les outsiders jouent avec une confiance incroyable tandis que Virginia s’effondre totalement. Jairus Lyles multiplie les assauts contre l’une des meilleures défenses du pays, réussit des tirs en suspension difficiles tout en marquant malgré les contacts. Chaque panier inscrit accentue la pression sur les Cavaliers, tandis que chaque action défensive réussie renforce la conviction des Retrievers que l’impossible devient réalité.

Le score final est de 74-54, ce qui rend l’exploit encore plus fou. Il ne s’agit pas d’un panier chanceux au buzzer, mais d’une véritable démonstration de force. Contrairement aux autres moments de ce classement, il n’y a pas eu un tir emblématique unique. La grandeur de ce moment réside dans sa portée historique. Une barrière qui tenait depuis 33 ans a fini par tomber, et les fans ont enfin compris que tout était vraiment possible. Depuis cette soirée, aucune tête de série n°1 n’aborde le tournoi en pensant que la victoire lui est acquise.

L’absence d’une action  marquante l’empêche de grimper plus haut dans le classement. En tant que plus grand exploit de l’histoire du tournoi NCAA, la victoire d’UMBC n’en reste pas moins l’un des moments les plus inoubliables de ce sport.

8) Keith Smart offre la victoire à Indiana (Finale nationale 1987)

La finale du championnat NCAA 1987 entre Indiana et Syracuse a pris du temps à se décanter. Et ce, de l’entre-deux initial jusqu’au coup de sifflet final. Alors qu’il ne reste que quelques secondes à jouer, les Hoosiers sont menés 73-72 et disposent d’une ultime occasion de décrocher le 3e titre national de l’ère Bob Knight. Keith Smart prend alors ses responsabilités. Il attaque le côté droit de la raquette, saute au-dessus de deux défenseurs de Syracuse tout en reculant vers la ligne de fond, avant de déclencher un tir en suspension, à cinq secondes du terme. Ça rentre !

L’équipe d’Orange dispose encore d’une dernière chance, mais l’offensive désespérée de Syracuse échoue. 5e titre national dans la poche pour Indiana ! Le degré de difficulté du tir de Smart est considérablement plus élevé qu’il n’y parait au départ. Son tir n’est peut-être pas aussi célèbre que ceux de Laettner ou de Jenkins, mais il demeure l’un des meilleurs exemples de sang-froid dans l’exécution d’une action décisive pour le titre dans l’histoire de la NCAA. L’enjeu était immense, et Smart a fait preuve d’un calme olympien pour réussir ce shoot.

7) Le miracle de Bryce Drew pour Valparaiso (1998)

S’il est une action qui incarne parfaitement l’esprit de la March Madness, c’est bien le panier de la victoire inscrit par Bryce Drew face à Ole Miss. Valparaiso aborde le tournoi NCAA 1998 avec le statut de tête de série n°13. Après avoir franchi le premier tour, les Crusaders se retrouvent menés de 2 points par Ole Miss alors qu’il ne reste que 2,5 secondes à jouer. L’entraîneur Homer Drew met en place un ultime système.

La remise en jeu traverse l’ensemble du terrain, tel un volleyeur Jamie Sykes dévie le ballon juste derrière la ligne à 3 points vers Bryce Drew. Aussitôt le ballon en main, Drew déclenche au buzzer. SWITCH ! À peine le panier inscrit, Drew disparait sous une marée de coéquipiers.

Le tir en lui-même n’était pas la partie la plus complexe de l’action. Drew disposait de suffisamment d’espace pour se préparer et tirer. Ce qui rend ce moment exceptionnel, c’est la précision d’exécution requise de la part des trois joueurs. La passe sur tout le terrain devait être parfaite. La déviation devait se faire sous l’angle exact. Drew devait réceptionner, s’orienter face au panier et déclencher son tir avant le signal sonore… le tout, en moins de 2 secondes. Bien que ce panier décisif ait été inscrit tôt dans le tournoi, la difficulté et la coordination nécessaires pour le réussir lui valent la 7e place de ce classement.

6) La traversée du terrain de Tyus Edney (1995)

UCLA s’avance comme l’un des favoris pour la March Madness 1995. Mais dès le 2e tour, les Bruins se retrouvent au bord de l’élimination face à Missouri. À 4,8 secondes de la fin, les Tigers gagnent 74-73. Il n’y a ni temps mort, ni possibilité de préparer une tactique, et à peine assez de temps pour traverser le terrain.

Le ballon finit dans les mains de Tyus Edney. Le meneur d’1,78m accélère immédiatement puis se faufile entre les défenseurs comme si tout le terrain s’était soudainement transformé en un boulevard. Missouri tente de lui couper la route près de la ligne médiane, mais Edney change de direction sans perdre de vitesse. Un autre défenseur glisse afin de couper la trajectoire dans la raquette mais voit l’arrière de UCLA passer entre 2 adversaires avant de déclencher un lay-up en déséquilibre.

Le ballon entre alors qu’il restait moins d’une seconde à jouer. Les Bruins l’ont fait !

L’action en elle-même est presque inconcevable. Parcourir  29 mètres en moins de 5 secondes tout en dribblant face à plusieurs défenseurs exige une vitesse, un équilibre et un sang-froid de haut niveau. Ce qui rend ce moment encore plus grandiose, c’est la suite des événements. UCLA ne s’est pas contenté de survivre à cette frayeur. Non, l’équipe a surfé sur cette dynamique pour remporter les 4 matchs suivants et décrocher son 1er titre national depuis l’ère John Wooden. Ce moment décisif n’a peut-être pas eu lieu lors du Final Four ou de la finale nationale, mais quel pied !

5) Le miracle de Jalen Suggs en prolongation (Final Four 2021)

Arrivée invaincue au Final Four, l’équipe de Gonzaga n’est plus qu’à 2 victoires de réaliser la 1ère saison parfaite en basket masculin de Division I depuis Indiana en 1976. Les Bulldogs ont dominé leurs adversaires toute l’année, mais UCLA – tête de série n° 11 inattendue – refuse de lâcher les armes. Le match se prolonge, et le score est à égalité (90-90) après un lay-up crucial des Bruins. À quelques secondes de la fin, Suggs remonte le terrain en sprintant, franchit la ligne médiane, effectue un seul dribble et pond un tir à trois points à près de 12 mètres du panier. 

Le buzzer retentit au moment où le ballon traverse le filet. Suggs bondit sans réfléchir sur la table de marque avant d’être submergé par ses coéquipiers en liesse. Ce tir est instantanément devenu l’un des plus mémorables de l’histoire du Final Four. Le tir en lui-même est incroyable : non seulement Suggs a rentré un shoot exceptionnel, mais il l’a fait en pleine course et sans aucun équilibre.

4) Mario Chalmers sauve Kansas (Finale nationale 2008)

Lorsqu’on évoque les plus grands tirs de l’histoire du basket universitaire, un surnom revient toujours : « Le miracle de Mario ». La finale nationale de 2008 paraît promise à Memphis. Emmenés par la future star NBA Derrick Rose, les Tigers dominent une grande partie du match et comptent 9 points d’avance alors qu’il reste un peu plus de 2 minutes à jouer. Puis, tout s’effondre. Memphis manque des lancers francs cruciaux, Kansas réduit peu à peu l’écart. Alors qu’il ne reste que 10,8 secondes, les Tigers mènent toujours 63-60 mais n’ont plus de marge pour décrocher le 1er titre national de l’histoire du programme. Sauf que ces derniers perdent Mario Chalmers de vue. Après que Brandon Rush ait remonté le terrain, Chalmers se décale au niveau de la tête de raquette. Une passe millimétrée arrive entre ses mains certes, mais le tir en lui-même revêt d’une difficulté extrême. Rose surgit agressivement, un autre défenseur rode à proximité et le chronomètre approche dangereusement du zéro.

Chalmers ne cogite pas ! Il tente et égalise ! Memphis ne s’en remettra pas. Kansas domine la prolongation et décroche son 1er titre national en vingt ans. Le panier de Chalmers est instantanément devenu l’un des tirs les plus clutch de l’histoire, bien qu’il n’ait pas remporté le match à lui seul.

Allumez votre passion…

3) Lorenzo Charles stupéfie Houston (Championnat national 1983)

La finale du championnat national NCAA de 1983 nous a offert l’un des plus grands duels de type « David contre Goliath ». D’un côté, les favoris, l’équipe légendaire de Houston emmenée par les futurs Hall of Famer Hakeem Olajuwon et Clyde Drexler. Et de l’autre figure NC State. Ils ont déjà créé plusieurs surprises pour atteindre ce stade de la compétition et semblent promis à une défaite cruelle.

Le match reste étonnamment serré d’un bout à l’autre. À égalité et alors qu’il restait moins de dix secondes à jouer, NC State dispose d’une dernière possession pour éviter la prolongation. La défense étouffante des Cougars maintient le ballon à l’extérieur de la ligne à 3 points tandis que NC State tente de trouver une bonne position de tir. L’arrière Dereck Whittenburg finit par déclencher un tir en suspension désespéré, presque depuis le logo central. Le tir est trop court. Mais tout n’est pas fini ! Lorenzo Charles saute au-dessus d’Hakeem Olajuwon, saisi  le ballon qui n’avait même pas touché l’arceau et le propulse dans le cercle juste avant le retentissement de la sirène finale. Fin de match ! 

Contrairement à beaucoup de paniers inscrits au buzzer, Charles n’a jamais réellement tenté de tir. Il a fait preuve de lucidité, d’intelligence de jeu et de timing. En une fraction de seconde, il a transformé une action qui semblait vouée à l’échec en l’un des rares paniers victorieux inscrits au buzzer lors d’une finale de championnat. Si ce moment n’occupe « que » la 3e place, c’est uniquement parce que l’autre panier victorieux au buzzer en finale NCAA – celui de Kris Jenkins, des décennies plus tard – résulte d’un tir bien plus difficile.

2) Le dénouement parfait de Christian Laettner (Elite Eight 1992)

Le 28 mars 1992, Duke s’oppose à Kentucky lors de l’Elite Eight (les quarts de finale nationaux) dans ce que beaucoup considèrent encore comme le plus grand match de basket-ball universitaire de tous les temps. Revigorés sous la houlette de Rick Pitino après des années de sanctions de la NCAA, Les Wildcats poussent les champions nationaux en titre dans leurs derniers retranchements. Chaque possession semble digne d’une finale de championnat, alors même que l’enjeu officiel est une place au Final Four. Puis vient la prolongation. À 2,1 secondes de la fin, Kentucky semblait avoir enfin décroché la victoire. Sean Woods réussit un tir en suspension (un « floater ») pour donner un point d’avance aux Wildcats, déclenchant l’hystérie chez leurs supporters. Duke dispose d’une dernière chance, mais les Blue Devils doivent traverser tout le terrain en à peine 2 secondes.

Façon baseball, Grant Hill délivre une passe tendue d’une précision chirurgicale depuis le panier de Duke jusqu’à Christian Laettner, posté à la ligne des lancers francs opposée. Laettner réceptionne le ballon, dribble, pivote sur son épaule gauche puis déclenche un tir parfaitement équilibré. Panier net ! Le buzzer retentit aussitôt après : Duke l’emporte 104-103 au terme de l’un des dénouements les plus spectaculaires de l’histoire du basket.

Aussi remarquable que fût le tir lui-même, la performance globale de Laettner donne encore plus d’éclat à ce moment. Il termine la rencontre avec 31 points, réussit un sans-faute (10 sur 10 aux tirs et 10 sur 10 aux lancers francs) et signe ainsi l’une des plus grandes performances individuelles de l’histoire du tournoi NCAA.

Pourtant, un autre moment le surpasse encore.

1) Kris Jenkins signe un dénouement parfait (Finale nationale 2016)

Au basket, tout joueur rêve de réussir un buzzer beater lors d’une finale.

La finale 2016 opposant Villanova à North Carolina nous a déjà offert tout ce que les fans pouvaient espérer. Les Wildcats dominent la majeure partie de la rencontre avant que les Tar Heels n’entament une remontée spectaculaire. Puis, alors qu’il ne reste que 4,7 secondes à jouer, North Carolina se retrouve mené de 3 points.

Marcus Paige refuse de laisser la saison s’achever ainsi. Malgré un mouvement déséquilibré des jambes et un tir en reculant alors qu’il était étroitement marqué, Paige parvient à inscrire un panier à 3 points improbable. Ce tir impossible offre l’égalisation à 4,7 secondes de la fin. La partie semble naturellement se diriger vers les prolongations… enfin, pas pour Villanova visiblement.

Ryan Arcidiacono remonte le terrain balle en main avant d’attirer la défense de North Carolina sur lui. À ce moment précis, il transmet le ballon à Kris Jenkins qui arrive en pleine course.

En tête de raquette, il inscrit le panier de la gagne ! Au retentissement du buzzer, les joueurs de Villanova envahissent le terrain, tandis que Jenkins reste figé un court instant, le bras toujours tendu après son tir – une image devenue l’une des célébrations les plus emblématiques de l’histoire du basket-ball.

Ce qui distingue ce tir de tous les autres moments de l’histoire de la NCAA, c’est qu’il réunit simultanément tous les critères : il a été inscrit au buzzer final, a offert le titre national, a nécessité un tir à 3 points difficile sous une pression immense et a immédiatement répondu à l’un des plus grands tirs tout juste quelques secondes auparavant. Presque chaque tournoi de la NCAA donne lieu à un panier mémorable au buzzer. Très peu produisent un moment dont on se souviendra pendant des générations.

Article de Sacha Adler

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Article rédigé par alexis gallot
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