Jalen Brunson : de talent sous-estimé à Roi de New York
Certaines superstars dominent la NBA grâce à des qualités athlétiques hors normes. D’autres misent sur leur gabarit ou leur vitesse pour se démarquer. Jalen Brunson n’entre dans aucune de ces cases. Mesurant à peine 1,88 m, il n’a jamais été le joueur le plus rapide ni même le plus grand sur le terrain. Pourtant, saison après saison il prouve que cela n’a aucune importance. Grâce à un travail acharné, un footwork d’élite et une capacité à briller dans les moments qui comptent, Brunson est passé d’un second tour de draft à l’un des visages de la NBA.
Aujourd’hui, Brunson est surnommé « Captain Clutch » ou encore « le Roi de New York ». Et son palmarès parle pour lui : 2 titres de champion NCAA, 1 titre de champion NBA, 1 trophée de MVP des Finales NBA, 1 victoire et 1 titre de MVP du NBA In-Season Tournament (NBA Cup), 1 trophée de « Clutch Player of the Year » et 3 sélections au All-Star Game.
Pourtant, chaque étape de son parcours repose sur la volonté de faire taire les sceptiques.
Voici l’histoire de l’un des plus grands joueurs de l’histoire des Knicks.
Une enfance rythmée par le basket-ball
Jalen Marquis Brunson né le 31 août 1996 à New Brunswick (New Jersey) au sein d’une famille où le basket-ball fait partie du quotidien. Son père – Rick Brunson – a connu une longue carrière de joueur en NBA avant de devenir entraîneur adjoint dans la ligue. Sa mère – Sandra – était quant à elle volleyeuse à l’université Temple. C’est d’ailleurs là-bas qu’ils se sont rencontrés.
En raison de la carrière de son père en NBA, Brunson passe d’innombrables heures dans les salles, les vestiaires et aux entraînements. Ces 1ères expériences lui permettent de comprendre ce qu’implique le statut de sportif professionnel.
Dès son plus jeune âge, Rick Brunson rappelle sans cesse à son fils que la réussite ne s’acquiert que par la discipline. Chaque matin, Brunson se réveille avec le même slogan inscrit sur le miroir de sa chambre : « La magie réside dans le travail. » Cette phrase est devenue LA philosophie de toute sa carrière.
Dès la classe de 5e, Rick a commencé à mettre en place des séances d’entraînement très exigeantes, conçues pour renforcer Jalen tant sur le plan physique que mental. La logique est simple : s’il apprend à tirer dans les conditions les plus difficiles, il sera capable de planter n’importe où.
Sa relation avec son père diffère de la plupart des relations père-fils. Pendant les matchs, il peut sembler qu’ils se disputent sans cesse, Rick jouant son rôle d’entraîneur et exigeant la perfection. Mais une fois le match terminé, ces désaccords s’effacent pour laisser place à la relation père-enfant.
Si Rick est l’entraîneur de Jalen, Sandra joue également un rôle majeur dans le développement de sa force mentale. Très tôt, elle refuse de laisser son fils abandonner face à la difficulté, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Brunson attribuera plus tard à sa mère cette mentalité de « ne jamais abandonner » qui caractérise sa carrière.
Lycée Stevenson : l’un des meilleurs jeunes meneurs de jeu américains
En amont de sa venue au lycée Stevenson (Illinois), Jalen avait déjà eu l’occasion de s’entraîner avec des équipes universitaires – comme l’équipe féminine de l’Université de Virginie – grâce à la carrière d’entraîneur de son père. Il aborde ainsi le lycée avec des fondamentaux, un jeu de jambes et une intelligence de jeu déjà très matures. Dès son année freshman, il reçoit la mention « All-Lake County », donnant un premier aperçu du joueur qu’il était en train de devenir. Lors de sa deuxième année, il commence à dominer. Avec une moyenne de 21,5 points par match, Brunson mène Stevenson à un bilan remarquable de 29 victoires pour 5 défaites et atteint la finale du championnat d’État de l’Illinois. Pour l’anecdote, en face se trouvent les futurs joueurs NBA Jabari Parker et Kendrick Nunn. Bien que Stevenson échoue dans la conquête de ce titre, Brunson s’est suffisamment distingué pour apparaitre dans la 2e équipe type de l’État. Sa progression se poursuit la saison suivante.
Le 21 février 2014, Brunson livre l’une des plus grandes performances de l’histoire du basket-ball lycéen dans l’Illinois. Face au lycée Lake Forest, il inscrit 57 points lors d’une victoire acquise après 2 prolongations. C’est un record tant personnel que dans l’histoire de l’équipe. Enfin, tout au long de sa 3e année Brunson affiche des moyennes de 26,1 points, 5,4 rebonds, 4,7 passes décisives et 2,9 interceptions par match, tout en menant Stevenson à un bilan dominant de 32 victoires pour 2 défaites. Il est nommé « Illinois Gatorade Player of the Year » et ESPN le classe à la 16e place dans son classement « ESPN 100 ».
Après avoir reçu plusieurs propositions d’universités, Brunson choisit de rejoindre l’Université Villanova.
Villanova : bâtir un héritage de vainqueur
Brunson forge son héritage universitaire en remportant 2 titres NCAA de Division I au cours de ses 3 années à Villanova. Dès sa 1ère saison (2015-2016), il devient un élément clé du programme ultra-talentueux dirigé par Jay Wright. Avec une moyenne de 9,6 points par match, il fait preuve d’une maturité rare pour un rookie. Notamment lors du match contre Kansas en quarts de finale de la March Madness où Brunson inscrit avec sang-froid 2 lancers francs à seulement 3,5 secondes de la fin, propulsant ainsi Villanova vers le « Final Four ». Cet instant, préfigure le rôle de « Captain Clutch » qu’il endossera plus tard en NBA. Villanova finit par remporter le championnat NCAA 2016 avec Brunson en tant que membre à part entière du 5 majeur.
Sa 2 année marque une progression encore plus nette. Brunson porte sa moyenne à 14,7 points par match tout en établissant plusieurs records personnels, dont un sommet en carrière à l’époque (27 points) face à Creighton. Son leadership et sa régularité lui valent aussi une sélection unanime dans la First Team de la conférence Big East.
Avant le début de sa 3e année, Brunson est nommé Joueur de l’année de la Big East en pré-saison et assume pleinement son rôle de leader de l’équipe. Il allie à la perfection vision du jeu et grande efficacité au tir, tout en brillant sur le plan académique. La saison s’achève exactement comme Brunson l’espérait. Villanova remporte son 2e titre NCAA en trois ans, offrant à Brunson 2 sacre nationaux avant son départ de l’université.
Durant son passage, ce dernier a également noué d’importants liens d’amitié avec ses futurs coéquipiers Mikal Bridges, Donte DiVincenzo et Josh Hart. Un lien qui se prolongera en NBA, où les anciennes stars de Villanova se retrouveront à New York pour ramener les Knicks dans la course au titre. Mais avant de rejoindre la Grande Pomme, direction le Texas !
Les Dallas Mavericks : d’un second tour de draft à une étoile montante
À sa sortie de l’université, Brunson possède d’ores et déjà un palmarès impressionnant. Tout porte à croire qu’il pourrait devenir une superstar. Pourtant, de nombreuses équipes NBA doutent de son gabarit ainsi que de ses qualités athlétiques. Bien qu’il ait quitté Villanova avec le statut de légende du basketball universitaire, Brunson doit finalement attendre que les Dallas Mavericks le sélectionnent en 33e position lors de la draft NBA 2018 pour voir son nom appelé. Dallas prévoit d’utiliser Brunson comme le backup de Luka Dončić, alors 3e choix de cette même draft. Comme beaucoup de joueurs choisis au second tour, Brunson réalise ses débuts en NBA sans que l’on attende de lui des performances exceptionnelles. Il réagit ainsi de la seule manière qu’il connaisse, à savoir en travaillant sans relâche.
Au début, son rôle s’avère limité. Mais en raison de blessures, les Mavericks remanient leur effectif en début de saison. Au terme de sa saison de rookie, il débute 38 des 73 matchs qu’il a disputés et s’impose comme un joueur aussi fiable que précieux.
Au cours des 3 saisons suivantes, Brunson perfectionne tous les aspects de son jeu mais partage le terrain avec Luka Dončić. Sa 2e saison est marquée par plusieurs accomplissements personnels. Il établit plusieurs records en carrière durant l’année. Il a cumulé également plusieurs matchs avec au moins 10 passes décisives ou 10 rebonds. Mais surtout, Brunson démontre sa capacité à diriger l’attaque en l’absence de Dončić. Durant l’exercice 2020-2021, Brunson atteint des moyennes record en carrière aux points, aux rebonds et aux passes décisives. Il brille en sortie de banc, à tel point qu’il termine 4e du vote pour le titre de Meilleur sixième homme de la NBA. Pourtant, un obstacle reste insurmontable : tant que Dončić était en bonne santé, Brunson restait l’arrière numéro 2. Les Mavericks bâtissent leur attaque presque entièrement autour de Luka, cantonnent Brunson à un rôle de soutien alors même qu’il a prouvé être capable d’assumer des responsabilités bien plus importantes.
La saison 2021-2022 change la carrière de Brunson à jamais. Lorsque Dončić se blesse en décembre et doit s’absenter quelques semaines, les Mavericks ont besoin de Brunson pour orchestrer le jeu. Tout au long de la saison régulière, Brunson affiche une moyenne de 16,3 points par match. Plus important encore, il prouve qu’il peut diriger efficacement une attaque sur une longue période.
C’est toutefois lors des playoffs qu’il connait sa véritable ascension. Opposé au Utah Jazz lors du 1er tour, Dallas entame la série sans Dončić. Beaucoup pensent que les Mavericks peineront jusqu’au retour de leur joueur vedette. Contre toute attente, lors du 1er match Brunson cumule 24 points, 7 rebonds et 5 passes décisives. Deux jours plus tard, il signe une performance exceptionnelle en inscrivant 41 points pour permettre à son équipe d’égaliser dans la série.
Dončić finit par faire son retour et Dallas atteint la finale de la Conférence Ouest pour la 1ère fois depuis 2011. Face aux Golden State Warriors, il continue de briller sous la pression, notamment avec une performance à 31 points, 7 rebonds et 5 passes décisives lors du deuxième match. Bien que les Mavericks s’inclinent face aux futurs champions NBA, la campagne de playoffs de Brunson a modifié la perception qu’avaient certaines équipes de la ligue à son égard. Sur l’une des plus grandes scènes possibles, il a prouvé au monde entier qu’il n’était pas qu’une simple doublure de Luka Dončić. Il a montré à tous qu’il était prêt et capable de mener sa propre équipe. Pourtant, seules quelques équipes saisissent sa véritable valeur.
Marché des agents libres : retour dans la région de New York
Les New York Knicks font de Brunson leur priorité absolue bien avant l’ouverture du marché des agents libres. Ils estimaient qu’il possédait toutes les qualités qui font défaut à la franchise : leadership, efficacité au scoring, excellente prise de décision et capacité à diriger une attaque. Les Knicks prouvent d’ailleurs leur détermination en recrutant Rick Brunson comme entraîneur adjoint.
De son côté, Dallas se retrouve dans une situation délicate. Plus tôt dans la saison, les Mavericks avaient préparé à Brunson une prolongation de contrat de 4 ans pour 55 millions de dollars avant de se retirer. Dommage car selon les déclarations ultérieures de Rick, Jalen aurait accepté cette prolongation à l’époque si elle lui avait été proposée. Malheureusement pour les Mavericks, au moment de l’ouverture du marché des agents libres, sa valeur marchande explose. Convaincus qu’il apprécie d’évoluer aux côtés de Dončić, les dirigeants de Dallas pensent qu’il restera. Au lieu de cela, Brunson choisit une autre voie,. Lui veut davantage de responsabilités et une chance de mener sa propre équipe vers le titre. C’est précisément cette opportunité que lui offrent les Knicks. Le 12 juillet 2022, Brunson signe avec New York. Cela marque le début d’un chapitre légendaire.
Pourtant, ce dernier est loin de faire l’unanimité à New York. De nombreux analystes de renom – tels que Stephen A. Smith ou encore Brian Windhorst – remettent d’abord en question le choix des Knicks de par son salaire élevé.
L’incontestable « Roi de New York »
À son arrivée à New York en 2022, Brunson se met immédiatement au travail. Lors de sa 1ère , il a affiché une moyenne de 24,0 points par match, une progression notable par rapport aux 16,3 points inscrits l’année précédente à Dallas. Plus important encore, il transforme les Knicks en une équipe de gagnants : après avoir terminé la saison précédente avec seulement 37 victoires, New York en remporte 47 matchs et retrouve les playoffs.
Brunson fait preuve d’une capacité remarquable à briller dans les moments décisifs lors de la phase finale. Face aux Cleveland Cavaliers, il surpasse régulièrement la star Donovan Mitchell. New York atteint le 2e tour et Brunson prouve qu’il est la principale option offensive de la franchise.
Si sa 1ère saison démontre qu’il mérite d’être cité parmi les candidats au All-Star Game, la campagne 2023-2024 fait de lui un véritable prétendant au titre de MVP. Brunson atteint une moyenne record en carrière de 28,7 points par match et obtient sa 1ère sélection pour le All-Star Game de la NBA. Tout au long de la saison, il enchaîne les performances époustouflantes avec un pic à 50 pions. Plus tard dans la saison, il place la barre encore plus haut en inscrivant 61 points face aux San Antonio Spurs.
Brunson transpose l’excellence de sa saison régulière aux playoffs. Contre les Philadelphia 76ers, il marque 47 points lors du 4e match avant d’entamer le 2e tour par 4 matchs consécutifs à 40 points ou plus. Durant cette série, il rejoint Michael Jordan et Jerry West parmi les rares joueurs de l’histoire de la NBA à réaliser un tel exploit. Bien que les Knicks s’inclinent face aux Indiana Pacers après que Brunson se soit fracturé la main lors du 7e match, il termine 5e du vote pour le titre de MVP. Après une année aussi réussie, Jalen Brunson bondit en capital sympathie au sein de la Grande Pomme. Alors qu’il aurait pu attendre un an de plus pour signer un contrat d’environ 256 millions de dollars, Brunson préfère accepter une prolongation de 4 ans pour un montant de 156,5 millions de dollars. En renonçant à près de 100 millions de dollars, il offre aux Knicks une plus grande marge de manœuvre financière pour renforcer l’effectif et tenter de bâtir une équipe capable de remporter le titre (spoiler : ils y sont parvenus !). Cette décision facilite l’arrivée de Karl-Anthony Towns au sein de la franchise. Quelques semaines plus tard, New York salue son leadership en le nommant 36e capitaine de l’histoire de la franchise.
Lors de la saison 2024-2025, Brunson décroche sa 2e sélection consécutive au All-Star Game mais cette fois en tant que titulaire. Il est également élu « NBA Clutch Player of the Year » après avoir dominé la ligue en nombre de paniers inscrits dans le money time. Il mène New York à 51 victoires et à une 1ère participation aux finales de la Conférence Est depuis 2000. Il dépasse par la même occasion Patrick Ewing en nombre de matchs à 30 points ou plus inscrits en playoffs sous le maillot des Knicks. Bien qu’Indiana ait une fois de plus mis fin à la saison de New York, Brunson prouve qu’il est capable de mener une équipe loin en playoffs.
Cette consécration arrive finalement lors de la saison 2025-2026, lorsque Brunson permet aux Knicks de remporter la NBA Cup mais surtout le 1er titre NBA de la franchise depuis 53 ans. Il est aussi nommé MVP de la NBA Cup et obtient ensuite une nouvelle titularisation au All-Star Game. Durant les playoffs, il est la pierre angulaire d’une série de 13 victoires consécutives, marquée notamment par une performance à 38 points lors du 1er match des finales de la Conférence Est, où les Knicks comblent un déficit de 22 points. Il est par la suite élu MVP des finales de la Conférence Est.
Face aux San Antonio Spurs lors des finales NBA, Brunson livre les plus grandes prestations de sa carrière à ce jour. Il orchestre la plus grande remontée de l’histoire des finales NBA lors du 4e match (en comblant un retard de 29 points) avant d’inscrire 45 points lors du 5e match, synonyme de titre. Avec une moyenne de 32,6 points sur l’ensemble des Finales, il est élu MVP des Finales NBA.
Sur le toit de l’Amérique
Ce sacre marque l’aboutissement d’un parcours façonné par une éthique de travail acharnée et une persévérance sans faille. Jadis jugé trop petit et manquant de qualités athlétiques, Brunson s’est imposé comme l’un des visages emblématiques de la NBA. Aux côtés de ses anciens coéquipiers de Villanova, Josh Hart et Mikal Bridges, il a également formé le 1er trio de coéquipiers à remporter à la fois 1 titre NCAA et 1 titre NBA ensemble.
En fin de compte, la carrière de Jalen Brunson ne se définit pas seulement par ses talents exceptionnels de scoreur et de leader, mais aussi par sa capacité constante à dépasser les attentes et à faire taire les sceptiques. À chaque étape de son parcours – de champion universitaire à choix de second tour de draft, de joueur de complément à MVP des Finales — Jalen Brunson a fait sienne la leçon transmise par son père : la magie réside dans le travail.
Article de Sacha Adler
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