Les Bulls de 95-96 : l’équipe ultime
C’est l’étalon-or. La référence absolue. Quand on parle de domination en NBA, on finit toujours par revenir à eux : les Chicago Bulls de 1995-1996. Michael Jordan, Scottie Pippen, Dennis Rodman. Une alchimie parfaite, une saison (presque) sans défaite. Retour express sur l’une des plus grandes épopées non pas du basket mais de l’histoire du sport.
Le contexte : « The Revenge Tour »
L’été 1995 est tendu dans l’Illinois. Michael Jordan est revenu de sa retraite baseball, mais son numéro 45 ne lui a pas vraiment souri : les Bulls se sont fait sortir par le Magic d’Orlando en demi-finale de conférence. L’orgueil du champion est piqué au vif.
Pour Phil Jackson, il manque une pièce maîtresse : un chien de garde pour faire le sale boulot. Le Front Office tente un pari risqué en récupérant Dennis Rodman, l’ex-Bad Boy de Detroit, ingérable mais génial. L’équation est posée : Jordan au scoring, Pippen en lieutenant de luxe, Rodman au nettoyage. L’objectif n’est pas seulement de gagner, c’est d’écraser la concurrence.
La Saison Régulière : La métamorphose tactique
Ce 72-10 n’est pas un hasard, c’est le résultat d’une mutation. Oubliez le Jordan ultra-aérien des années 80. L’été 95, sur le tournage de Space Jam, MJ a construit le « Jordan Dome » pour bosser son physique comme un forcené. Il revient plus lourd, plus puissant. Son jeu change radicalement : il s’installe au poste bas. C’est la naissance officielle du fadeaway inarrêtable. Il ne saute plus par-dessus les mecs, il les enfonce physiquement avant de les punir avec un tir en recul d’une précision chirurgicale.
Autour de lui, Phil Jackson met en place une défense d’étouffement. Avec Ron Harper (1m98) à la mène, Jordan et Pippen, les Bulls alignent trois défenseurs d’élite sur les extérieurs. C’est le cauchemar des meneurs adverses. Ils peuvent « switcher » sur tous les écrans. Résultat ? Trois joueurs du cinq majeur finissent dans la All-NBA First Defensive Team (Jordan, Pippen, Rodman). Du jamais vu.
L’attaque en triangle tourne à plein régime grâce à un banc de luxe. Steve Kerr écarte le jeu à 3 points (punissant les prises à deux sur MJ), tandis que Toni Kukoč, le « Server », apporte une dimension européenne. Il est trop grand pour les ailiers, trop rapide pour les intérieurs.
Cette équipe ne court pas après le record, elle l’écrase. À la mi-saison, ils sont à 41 victoires pour 3 défaites. Ils terminent avec un Net Rating de +13.4, ce qui signifie qu’ils ne battent pas leurs adversaires, ils les détruisent avec une marge moyenne à deux chiffres.
La Campagne de Playoffs : Vengeance, Sueur et Larmes
En post-season, le bilan est effrayant (15-3), mais le contenu est une masterclass de gestion émotionnelle et tactique. C’est ici que la « Revenge Season » prend tout son sens.
Premier Tour (vs Miami Heat) : L’échauffement musclé
Pat Riley débarque à Miami avec sa méthode militaire. Alonzo Mourning veut jouer les durs. Mauvaise idée. Les Bulls répondent par une violence inouïe… au tableau d’affichage. Chicago gagne les matchs avec un écart moyen de 15 points. C’est un Sweep (3-0) brutal. Le message est clair : la NBA n’est pas prête pour ce niveau d’intensité.
Demi-finale (vs New York Knicks) : La guerre des tranchées
Le classique de l’Est. Les Knicks de Patrick Ewing tentent de ralentir le jeu, de transformer le parquet en ring de boxe. Chicago accepte le défi physique. Dennis Rodman entre dans la tête de l’ailier fort des Knicks, Charles Oakley. Malgré une défaite en prolongation au Madison Square Garden (le seul accroc à l’Est), la défense de Pippen et Jordan étouffe les extérieurs new-yorkais. Victoire 4-1. Les Bulls ne sont pas seulement talentueux, ils sont « nasty ».
Finale de Conférence (vs Orlando Magic) : Le règlement de comptes
C’est LA série que Jordan attendait. Un an plus tôt, le Magic de Shaq et Penny Hardaway avait osé sortir les Bulls. Cette fois, c’est une exécution publique. Rodman s’occupe de frustrer Horace Grant (l’ancien de la maison Bulls). Pippen verrouille Penny Hardaway. Et Jordan ? Il est en mission. Chicago inflige un Sweep (4-0) retentissant à une équipe pourtant invaincue à domicile en playoffs jusque-là. Le moment clé : Game 4. Jordan plante 45 points pour plier la série. Shaq est dégoûté, l’équipe d’Orlando explose mentalement (le Shaq partira aux Lakers cet été-là). La hiérarchie est rétablie.
NBA Finals (vs Seattle SuperSonics) : Le Boss de fin
L’affiche de rêve. Les Sonics (64 victoires) sont athlétiques et insolents avec le duo Shawn Kemp – Gary Payton. Chicago mène rapidement 3-0, une démonstration. La série semble finie. Mais le coach de Seattle, George Karl, décide enfin de mettre « The Glove » (Gary Payton) en défense directe sur Jordan. MJ est gêné, son pourcentage au tir chute, et Seattle arrache deux matchs à la force du poignet. Game 6 : De retour à Chicago, le jour de la fête des pères (symbolique terrible pour MJ qui a perdu le sien tragiquement), ce n’est pas l’attaque qui gagne le titre, c’est Dennis Rodman. Dans un match ultra-défensif, « The Worm » capte 19 rebonds (dont 5 offensifs cruciaux) et bouscule mentalement Shawn Kemp. Jordan n’a pas besoin d’être héroïque au scoring (22 pts), l’équipe termine le travail (87-75). Victoire 4-2. La boucle est bouclée.
Le parcours est dantesque, légende après légende, les têtes tombent : Pat Riley, les Knicks de 90 (qui auront souvent trébuché sur Jojo et sa bande), le Shaq et enfin le duo Kemp et Payton. Cette victoire vient clore une saison déjà dantesque par un titre. Elle est la plus grande saison qu’une équipe de basket n’ait jamais accompli collectivement avec à sa tête le plus grand joueur de tous les temps.
Le Legacy : Pourquoi ce sont les GOATS ?
Cette saison 95-96 est un séisme culturel. Les Bulls sont en train de devenir la plus grande équipe, la plus connue dans le monde entier et à jamais ? Alors pourquoi un tel retentissement ? Pour 3 raisons principales :
Aucune équipe n’a autant dominé : C’est la définition de la gloutonnerie. Michael Jordan réalise la « Triple Crown » des MVP (Saison, All-Star Game, Finales). Phil Jackson est Coach of the Year. Toni Kukoč est le meilleur 6ème homme. Jerry Krause est Exécutif de l’année. En gros ? Ils ont tout pris et sur tous les aspects du jeu, ne laissant que des miettes aux autres franchises.
Plus fort que les Beatles : À l’époque, les Bulls ne sont pas une équipe de basket, ce sont des rockstars. Partout où ils se déplacent, c’est l’émeute. C’est l’apogée de la « Jordan Mania », l’époque des maillots pinstripes noirs, des Air Jordan XI « Concord » aux pieds. Ils ont rendu le basket cool à l’échelle planétaire.
“Oui mais euh, les Warriors quand même” : On entend souvent parler des Golden State Warriors de 2016 et de leur record de 73 victoires. C’est immense, oui. Mais il y a un « mais » gigantesque : ils ont perdu le titre à la fin. Les Bulls de 96, eux, ont fini le travail. Comme le disait Ron Harper avec son t-shirt légendaire : « 72-10 don’t mean a thing without the ring ».
Avec un bilan cumulé (Saison + Playoffs) de 87 victoires pour 13 défaites, cette équipe a dominé la ligue mentalement, physiquement et statistiquement. C’est le début du second Three-peat, qui ancrera encore plus MJ, Scottie et Dennis dans la légende de notre sport.
La finale de 96 est la 4ème finale la plus regardée de l’histoire avec 25 millions de téléspectateurs. Les 3 au-dessus ? 97,93 et 98.
Bref pour votre prochain top 10 all time des meilleures équipes de tous les temps mettez les Bulls de 95-96 en première place.
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