Top 10 all-time des meilleurs pivots d’Euroleague

Après les meneurs, on sort les pinceaux pour parler des principaux artisans de la peinture. Si l’EuroLeague est autant réputée pour sa rugosité, les pivots y sont pour beaucoup. 

Nos indicateurs pour ce Top 10 restent similaires. À savoir l’impact dans le jeu, le talent intrinsèque, la présence dans les grands moments, la capacité à performer dans le temps ainsi que les chiffres. Si ce n’est que l’on mettra davantage l’accent sur l’aspect domination.

10) Tibor Pleiss : Le Big 3 de la dernière dynastie en date en EuroLeague était composé de 2 arrières connus de chaque suiveur de la balle orange : Vasilije Micic et Shane Larkin. Le temps a néanmoins tendance à effacer la dernière lame du trio de l’Anadolu pourtant si précieuse dans la conquête du back-to-back (2021 et 2022). Loin d’être le plus spectaculaire de la liste, Tibor Pleiss a bâti sa carrière en EuroLeague autour d’unefiabilité mêlée à une constance à toute épreuve. Intérieur de grande taille, l’Allemand détenait dans son artillerie tir extérieur ainsi qu’un touché de balle remarquable pour son poste. D’abord à Baskonia, puis à Barcelone et finalement en Turquie, il s’est imposé comme l’un des tout meilleurs joueurs de rotation du continent. Lorsqu’il sortait du banc, spacing et protection d’arceau le suivaient quasi automatiquement. Une palette mise en exergue lors des belles années de l’Anadolu où ce dernier a montré qu’il pouvait endosser des responsabilités tout en conservant sa patte si atypique. Parfait pendant de Micić, sur le terrain les 2 donnaient l’impression de posséder le même cerveau au vu de leur mouvement offensif constamment millimétré. Mais Tibor Pleiss n’a jamais revêtu le costume de titulaire indiscutable malgré son talent. Ses limites défensives incarnent également des failles trop importantes pour espérer mieux au classement.

9) Ekpe Udoh : Un peu à l’instar de Luka Doncic la dernière fois, Ekpe Udoh est notre joker du jour tant sa domination fut sans merci. Avec du recul, le Nigérian se distingue comme la pierre angulaire du Fenerbahçe de Željko Obradović. En l’espace de 2 petites saisons, il a fait mieux que 99% des basketteurs ayant traversé les décennies en EuroLeague. Pourquoi les Turcs se métamorphosaient-ils soudainement en muraille lorsque les armadas issues des 4 coins de l’Europe se présentaient ? Ekpe Udoh ! Pourquoi les intérieurs comme les arrières galéraient à construire leurs offensives ? Ekpe Udoh ! Il est le symbole de la période dorée stambouliote, récompensé par le titre en 2017 où il termine MVP du Final Four. Seuls 2 pivots ont réalisé cet exploit. Et à juste titre ! Sans ballon, il détenait le même effet qu’un poison : protection de cercle exceptionnelle, timing remarquable au contre ou encore grande mobilité pour défendre le pick-and-roll. Puis une fois la balle récupérée, son style terriblement efficace lui offrait une assise considérable sur ses adversaires. Avec lui, c’était du tout droit. Surtout que son handle était loin d’être inintéressant. On ne peut cependant omettre son temps réduit en EuroLeague. Seulement 2 saisons qui – tel Luka Doncic – l’empêchent de viser plus haut.

8) Brandon Davies : L’international ougandais divise. Encore aujourd’hui au crépuscule de sa carrière, Brandon Davies continue de faire débat dans la sphère européenne. Certains le trouvent surcoté, mis sur un piédestal en raison de son talent offensif. Ses détracteurs n’enlèvent rien du fait qu’il soit doué, mais soulignent tout de même son irrégularité au shoot. À contrario, nombreux le catégorisent comme l’un des pivots balle en main les plus talentueux de l’histoire de l’EuroLeague. À sa mobilité hors norme, l’ancien joueur du Kaunas ainsi que du FC Barcelone a agrémenté un midrange clinique. Lorsque Brandon Daviess’élevait en périphérie de la raquette, adversaires comme spectateurs savaient comment cela allait se terminer. Dur au poste bas, poser des screens incarnait une autre facette intéressante de son jeu. Une supériorité technico-physique, dont l’apogée aura lieu en 2019 avec sa présence dans la All-EuroLeague First Team. En attaque rien à dire, par contre derrière c’était bien plus compliqué. Loin de phagocyter les rebonds, Brandon Davies ne détenait également une protection d’arceau élite. Un profil trop déséquilibré, sans titre collectif, le reléguant à cette 8e place. 

7) Nikola Milutinov : On passe du pire au meilleur rebondeur de cette liste. Actuel vétéran en EuroLeague, Nikola Milutinov est ici le plus jeune joueur de notre classement. À 31 ans, le Serbe a encore de beaux jours devant lui, notamment pour remporter l’EuroLeague après laquelle il court depuis maintenant plus d’une décennie. Le géant de 2,13 mètres joue à l’ancienne. Albatros de la peinture, il vole au-dessus de la concurrence des 2 côtés du parquet quand il s’agit de récupérer la balle dans les airs. Intelligent, les rudiments du basketball n’ont aucun secret pour lui. Pick and roll, passes bien senties, jeu dos au panier, impact physique, block… Tout est efficace chez lui. Jamais de grand mouvement, jamais d’énorme saut, jamais de déplacement éclair, mais un placement intelligent en toute circonstance. Hormis 2 saisons au Partizan ainsi qu’au CSKA Moscow, Nikola Milutinov a dominé la concurrence en Europe sous la tunique rouge et blanche de l’Olympiacos. Une bête victime de blessures à répétition ayant largement freiné sa progression. De par ses 2 uniques Final Four (2017 et 2019), le palmarès reste lui aussi trop léger au vu du monstre défensif devant lui.

6) Bryant Dunston : Tibor Pleiss, c’était l’arme offensive. Mais derrière, le gardien du monument se nommaitBryant Dunston. Avec 2 joueurs dans ce classement, on comprend mieux pourquoi l’Andalou Efes était aussi inarrêtable lors de son back to back. Imaginons que leurs adversaires parviennent à limiter les dégâts en défense. Réduisaient la bande de Micic à une soixantaine de points et réussissaient à passer la 1ère ligne bleue. Derrière, il fallait se coltiner ni plus ni moins qu’un double DPOY. Car oui, avant de débarquer en Turquie durant l’été 2015, Bryant Dunston connaissait déjà parfaitement le Vieux Continent. À l’Olympiacos, le public a découvert un intérieur au QI basket rare. Au fur et à mesure des années, ce dernier s’est construit une réputation unique. Sa présence sur la feuille de match annonçait la couleur. Défense du cercle : check – timing en hauteur : check – contrôle des pick and roll : check – et rebond : check. En attaque aussi il faisait mal, mais ce n’est pas grand-chose comparé à son impact défensif. Ce petit manque de talent lui coûte en l’occurrence le Top 5. À noter qu’il était difficile de faire un choix concernant son poste, mais nous avons finalement décidé de le rentrer dans la famille des pivots.

5) Ante Tomic : Tel un long fleuve tranquille allant sans difficulté vers sa destination finale, Ante Tomić naviguait en Europe sans jamais se voir bousculer. Loin d’être le pivot le plus mastoc de sa génération, le Croate jouait au basketball de manière fluide, décontractée. À coup de feinte et de hook shot, sa technique parlait pour lui. Précurseur de cette nouvelle vague d’intérieur au touché soyeux, Ante Tomić rendait le jeu facile. À le regarder, tout semblait si simple. Les passes arrivées constamment au bon endroit, les tentatives n’étaient jamais forcées, sa position correspondait à ce que le jeu lui demandait. Juste, une personnification du QI Basket. Après on ne va pas se le mentir, quand on mesure 2,18 mètres, ça aide un peu. Révélé chez lui à Zagreb, le 44e pick de la draft NBA 2008 écrira ses plus belles lignes au FC Barcelone où il cumulera les saisons à plus de 10 points de moyenne en EuroLeague. Mais les chiffres n’illustrent pas la façon dont ce leader silencieux orchestrait le jeu depuis sa raquette. Du moins, en saison régulière. Obligé d’admettre qu’une fois que les playoffs débutaient, ce dernier ne possédait pas l’aura suffisante pour galvaniser ses troupes. Un spécimen bourré de talent qui – dans la sphère continentale – ne compte qu’un maigre Final Four (2010). Le romantisme c’est beau, en revanche à ce stade il nous faut minimum un titre. 

4) Nikola Vujcic 🍫 : Décidément, la Croatie nous a pondu de belles pépites ! On reste dans les Balkans pour se pencher sur un nouveau spécimen au nom de Nikola Vujcic. Oui, un « spécimen » car des pivots comme lui, il n’en existe pas 2. Largement en avance sur son temps, c’est presque surprenant de l’avoir jamais vu fouler les parquets de la Grande Ligue tant il régnait sans merci sur le Vieux Continent. Le double vainqueur de l’EuroLeague avec le Maccabi Tel Aviv (2004 et 2005) possédait tellement de cordes à son arc qu’il était quasi impossible de défendre sur lui. Dans l’ombre médiatique de son coéquipier Anthony Parker, Nikola Vujcic disposait d’un touché de balle magique. En plus des rebonds, il finissait en toute délicatesse près du panier ou bien distillait des caviars par-ci, par-là. Aujourd’hui, les Jokic, Sengun et compagnie ont presque banalisé cette compétence hors norme pour un intérieur. Sauf que là, on était au début des années 2000. Une période en pleine mouvance certes, mais une phase où le physique était encore largement préféré aux compétences techniques pour ce genre de joueurs. En plus d’annoncer la venue de cette nouvelle mode, le Croate excellait dans ce qu’il entreprenait. Le seul poste 5 à posséder pléthore de triple-doubles au sein de l’élite du basketball continental, c’est lui ! Un petit manque de longévité l’éloigne du podium.

3) Kyle Hines 🥉 : 2 centimètres de plus qu’Austin Reaves, même taille que Shai Gilgeous-Alexander et près de 5 centimètres de moins que Luka Dončić. Oui, on parle bien ici de notre numéro 3 dans ce classement des plus grands pivots all-time de l’EuroLeague. Kyle Hines est un peu notre Draymond Green (sans compter le caractère). Ignoré par la NBA en grande partie à cause de son petit mètre 98, l’étasunien a donc choisi de s’imposer pendant 14 ans comme le cauchemar de tout basketteur. Des meneurs aux intérieurs en passant par les ailiers, tout le monde le redoutait. Son manque d’envergure a largement été compensé par sa ténacité, son timing impeccable et ses efforts incessants. Cela a parfois du bon de ne pas faire la taille du panier. À son apogée, il défendait sans quelconque encombre chaque zone du parquet. Une mobilité complétée par une excellente vision du jeu aboutissant sur 3 titres de DPOY. Ils ne sont que 3 à avoir réalisé cet accomplissement. Et offensivement, il n’a pas à rougir. Moins talentueux que la plupart de ses homologues, il n’en restait pas moins très efficace. Là où ce dernier se différencie de la concurrence, c’est au niveau du palmarès. Dans n’importe quel sport collectif, les trophées collectifs prendront toujours le dessus sur les récompenses individuelles. Faire gagner son équipe est la marque des grands. Avec l’incroyable back to back de l’Olympiacos (2012-2013) suivi de 2 nouvelles étoiles au CSKA Moscou (2016 et 2019), ce dernier possède un nombre d’EuroLeague conséquent comparé à la concurrence. Devant se trouvent néanmoins 2 phénomènes, 2 MVP aux performances élites.

Le meilleur du basket européen…

2) Jan Vesely 🥈 : Dans la liste des MVP de saison régulière – soit la plus haute distinction individuelle possible – se trouvent tous les postes. Enfin, depuis 2019. Avant cette année-là, nos géants s’avéraient presque snobés par le jury. Un peu comme en NBA, le talent offensif prend constamment le dessus sur la qualité défensive. Ceci explique cela. Il a fallu attendre un phénomène, un diamant pour que les pivots apparaissent enfin dans cette liste. L’élu nous vient tout droit de République tchèque. Ses récentes prestations sont dans la lignée d’un déclin presque naturel au vu de son âge (35 ans). Mais à son prime au Fenerbahçe, c’était quelque chose. Pour sûr, LE meilleur poste 5 offensif all-time ! Une histoire d’autant plus incroyable que l’actuel joueur du FC Barcelone a su évoluer de manière resplendissante. Autrefois joueur très énergique, il est devenu un marqueur plus raffiné dans la raquette ainsi qu’un coéquipier de rêve pour tous les meneurs avec lesquels il a joué. Son évolution aux lancers francs illustre à merveille cette progression. De 53% lors de sa saison rookie, il tourne dorénavant aux alentours des 75% voire 80%. Le triple All-EuroLeague First Team est un peu plus rentré dans l’histoire lorsqu’il a remporté le 1er titre suprême pour un club turc (2017). Bien que solide défensivement, notre GOAT est quand même un poil plus complet.

1) Walter Tavares 👑 : Il ne vient pas du Vieux Continent, ni même du pays de l’Oncle Sam. Non, notre numéro 1 a grandi au sein d’un petit archipel situé à l’ouest de l’Afrique. Un pays moins peuplé que Marseille, à savoir le Cap-Vert. Pourtant, de tous les golgoths cités, Walter Tavares surplombe la peinture de par ses 2,21 mètres. Arrivé au Real Madrid après un passage décevant en NBA, « Eddy » s’est de suite approprié le jeu européen. Tout à l’heure, on catégorisait Jan Vesely comme le plus grand talent offensif de l’EuroLeague moderne. De l’autre côté du parquet, le leader en la matière est sans appel le pivot merengue. Sa seule présence transforme une défense moyenne en une muraille grandiose autour de l’arceau. Rebonds, blocs, intimidation… Dans chacune des sections, il domine. Walter Tavares use également de sa supériorité physique en attaque. Très loin du manchot originel, le Capverdien dispose d’un petit touché qui tient largement la route. Le seul pivot à avoir soulevé le titre de MVP du Final Four (2023) oblige sans arrêt ses adversaires à prévoir un plan spécifique pour ne pas se faire détruire dans la raquette. On pourrait penser que sa taille le rend fragile, mais ce n’est absolument pas le cas. Il est tout simplement le franchise player du plus grand club au monde depuis bientôt une décennie.  

Article rédigé par alexis gallot
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