Lexique du basketix : Le tanking

Ici au Paris Basketball, on joue pour la gagne. Chaque possession compte. En NBA ? C’est une autre histoire. Parfois, perdre devient la meilleure stratégie pour gagner demain. Bienvenue dans le monde cynique et fascinant du Tanking.

Définition du tanking : Perdre pour mieux régner

Oublie la relégation. En NBA, elle n’existe pas, les équipes évoluent dans une ligue fermée. Et c’est ce qui va rendre le tanking possible.

Alors c’est quoi le tanking ? En gros une équipe sabote volontairement sa propre saison. L’objectif ? Finir avec le pire bilan possible.

Pourquoi ? À cause de la Draft NBA. Ce système de recrutement favorise les plus nuls. Les équipes les moins bien classées obtiennent les meilleures probabilités à la « Lottery » (le tirage au sort) pour choisir les meilleurs jeunes talents de la planète en premier.

Le tanking, ce n’est pas demander aux joueurs de rater des tirs. Les joueurs veulent leurs stats et leurs contrats. Le tanking vient du « Front Office » (les dirigeants). Avec en gros 3 points principaux :

– Échanger ses meilleurs vétérans contre des choix de draft futurs.

– Mettre au repos les stars pour des « blessures diplomatiques » (doigt de pied douloureux, fatigue générale).

– Donner 35 minutes de temps de jeu à des joueurs de G-League inexpérimentés.

C’est un calcul mathématique froid. Plus tu perds, plus tu as de chances de drafter le futur Michael Jordan ou Victor Wembanyama. C’est un investissement sur l’échec à court terme pour un profit maximal à long terme.

La place du tanking dans le basket moderne

Le tanking est devenu une stratégie industrielle. C’est la voie royale pour les « petits marchés » qui n’attirent pas les superstars lors de la Free Agency.

Aujourd’hui, la NBA tente de lutter contre ce fléau qui nuit au spectacle. Adam Silver, le patron de la ligue, a réformé les probabilités en 2019. Désormais, les trois pires équipes ont toutes 14% de chances de décrocher le premier choix. Avant, la pire équipe avait 25%. Le but ? Décourager la « course à la médiocrité ».

Pourtant, le Tanking reste central. Regardez la saison 2022-2023. On a assisté à une course historique vers le fond du classement entre les San Antonio Spurs, les Houston Rockets et les Detroit Pistons. L’enjeu ? Victor Wembanyama. Le prospect français était jugé « générationnel ». Sa simple présence a justifié des saisons à 20 victoires pour 62 défaites.

Dans l’imaginaire collectif, le Tanking divise. Pour les puristes, c’est une honte, une insulte à l’esprit de compétition. Pour les analystes et les fans de data, c’est du pragmatisme. C’est accepter de manger son pain noir pour bâtir une dynastie. Les équipes qui restent dans le « ventre mou » (trop fortes pour drafter haut, trop faibles pour gagner le titre) sont celles qui en souffrent le plus (coucou les Bulls). Le tanking est la sortie de secours de cette médiocrité.

Les figures du tanking : Architectes et Commandants

Le Tanking a ses visages. Il y a les architectes (les dirigeants) et les exécutants involontaires (les joueurs).

Le Maître absolu : Sam Hinkie. Ancien GM des Philadelphia 76ers. Il est le père du « Process ». Entre 2013 et 2016, il a démantelé son équipe avec une violence inouïe. Il a accumulé des défaites historiques (bilan de 10-72 en 2016). Les fans scandaient « Trust the Process ». Résultat ? Il a drafté Joel Embiid (MVP 2023). Hinkie a été viré par la ligue, mais sa philosophie a gagné. Il a prouvé que la destruction totale est le chemin le plus court vers le talent pur.

L’Opportuniste : Gregg Popovich. Le coach légendaire des Spurs. En 1997, David Robinson se blesse. Popovich ne force pas le retour. Il tanke la saison. Résultat ? Draft de Tim Duncan. 5 titres NBA suivent. En 2023, il recommence. Il vide l’effectif. Résultat ? Draft de Victor Wembanyama. Popovich ne perd pas souvent, mais quand il le fait, il gagne le gros lot.

Les « Tank Commanders » : Ce sont ces joueurs à qui l’on donne les clés du camion pour aller dans le mur. Ils marquent des points, font le show, mais ne font pas gagner l’équipe. Exemple récent : Jordan Poole aux Washington Wizards. Des actions spectaculaires, une défense inexistante, et beaucoup de défaites au compteur. Parfait pour une reconstruction.

Une action de légende : Le « Process » validé

Ce n’est pas un panier. Ce n’est pas un dunk. L’action la plus légendaire liée au tanking, c’est une ouverture d’enveloppe.

16 mai 2023. La Lottery NBA. Les San Antonio Spurs sortent d’une saison atroce, volontairement sabotée. Brian Wright (GM des Spurs) est assis dans une salle à Chicago. Le vice-commissaire Mark Tatum retourne la carte géante. Le logo des Spurs apparaît pour le choix numéro 1.

C’est l’aboutissement du Tanking. En une seconde, la franchise passe de la cave à la lumière. Ils obtiennent les droits sur Victor Wembanyama. La valeur de la franchise explose de 500 millions de dollars instantanément. Cette image symbolise la victoire de la stratégie sur la morale sportive. Le sacrifice a payé. Le tanking a gagné. Maintenant Wemby est en train d’écrire sa page dans l’histoire des Spurs, et l’histoire des Spurs elle, se poursuit.

Article rédigé par alexis gallot
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